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Projets en cours

Cette section reprend certains projets en cours et effectués en collaboration avec les Archives de l'Université libre de Bruxelles

 

 L’exploitation des Archives Chaïm Perelman de Bruxelles

 

 

 

 

 

 

 

L’exploitation des Archives Chaïm Perelman de Bruxelles : une opportunité pour la recherche interdisciplinaire

Loïc NICOLAS (Université Libre de Bruxelles – GRAL & F.R.S.-FNRS)
Ingrid MAYEUR (Université Libre de Bruxelles – GRAL)
 http://gral.ulb.ac.be



J’ai de plus en plus l’impression que nous sommes les rescapés d’une culture que nos petits-enfants redécouvriront. Quand je vous lis et que je compare avec la production d’autres universitaires, je ne peux qu’avoir un serrement de cœur. Les ignorants sont toujours les plus prétentieux. Je garde confiance !!!
Lettre de Julien Freund à Chaïm Perelman, 31 mars 1982. Fonds Chaïm Perelman, Archives de l’ULB.


1.    Au hasard d’une redécouverte

C’est en 2008 que Loïc Nicolas, alors doctorant en rhétorique, et Emmanuelle Danblon, sa directrice de thèse, redécouvrent, un peu par hasard, l’important fonds documentaire (89PP) légué par le philosophe et logicien Chaïm Perelman (1912-1984) aux Archives de l’Université Libre de Bruxelles. Un fonds qui, jusqu’alors, n’avait fait l’objet d’aucune valorisation institutionnelle, ni d’aucune enquête systématique. À l’époque, le Traité de l’Argumentation (Paris, PUF, 1958), publié par Perelman en collaboration avec Lucie Olbrechts-Tyteca, fête son demi-siècle d’existence, et les commémorations, à Bruxelles, Eugene (Oregon), Tel-Aviv, sont nombreuses. Aussi, la préparation d’une communication sur le sujet fournit-elle à Emmanuelle Danblon et Loïc Nicolas l’occasion de partir sur les traces du manuscrit de cet ouvrage (re)fondateur, et de chercher des éléments de correspondance susceptibles d’en éclairer le contexte d’écriture autant que les concepts. Les premières investigations menées par les deux chercheurs ne manquent pas d’attiser leur curiosité scientifique. Et, bien que le manuscrit lui-même – aujourd’hui encore – reste introuvable, la qualité des pièces exhumées, leur variété, leur nombre, leur empan temporel, témoignent, à leurs yeux, d’un ensemble d’une valeur exceptionnelle. Déjà, l’apport s’annonce considérable, que ce soit pour mieux comprendre la pensée ouverte de Perelman, l’histoire de la rhétorique et le processus qui devait conduire à sa redécouverte au milieu des années 1940 ; considérable également pour l’histoire des idées linguistiques et juridiques, l’histoire intellectuelle en Belgique, en Europe, aux États-Unis, mais encore pour remettre en perspective certains débats ou combats sociaux, etc.

 

2.    Un penseur interdisciplinaire

Né à Varsovie, arrivé en Belgique au cours des années 1920, Chaïm Perelman accomplit sa formation intellectuelle à l’ULB, principalement sous l’égide d’Eugène Dupréel (philosophe et sociologue) et de Marcel Barzin (logicien), ses deux maîtres. Il abandonne progressivement l’étude de la logique formelle pour celle de l’argumentation, qu’il conçoit comme une logique souple des jugements de valeur directement utile à la mise en œuvre de la raison pratique. Sans aucun doute, la Seconde Guerre mondiale a provoqué un changement radical dans sa vision du monde. Confronté à une pensée en ruines, il fait le choix d’un projet humaniste pour mettre en échec la barbarie et la violence, invitant les hommes à faire (ou à refaire) usage de la parole pour s’émanciper. Ainsi lie-t-il la pratique du discours et l’expérience de la liberté. Face au nihilisme et au relativisme destructeurs, Perelman – optimiste, malgré tout – décide de replacer sa confiance dans l’homme. Professeur ordinaire à l’Université Libre de Bruxelles au lendemain du conflit, il ne cessera d’œuvrer sur tous les fronts, enseignant des disciplines aussi diverses que la logique, la métaphysique, l’argumentation ou la philosophie du droit, et, véritable tour de force, formant à la rhétorique des générations d’étudiants issus de toutes les Facultés – des étudiants en philosophie, lettres, sociologie, médecine, droit, économie… Ce projet, ambitieux et novateur, demeure unique en son genre.

Le fonds conservé à l’ULB, composé de quarante-deux cartons, représente près de 30 à 40.000 feuillets. Il renferme essentiellement la correspondance de Perelman avec des acteurs du monde universitaire et, plus largement, intellectuel – qu’il s’agisse de lettres à caractère administratif ou directement scientifique. Dans une moindre mesure, sont conservés des échanges relevant de la sphère privée. On y trouve également des carnets de notes (une vingtaine en tout), des procès-verbaux de séances facultaires, des programmes de cours, des épreuves et des manuscrits d’articles ou de conférences. Les pièces les plus anciennes remontent à 1934, tandis que les plus récentes ont été produites à peine quelques jours avant son décès, le 22 janvier 1984. L’ensemble couvre donc une période de cinquante ans.

 

3.    Un fonds aux multiples facettes

Témoins de l’activité scientifique particulièrement riche de Chaïm Perelman, les archives de l’ULB donnent à voir un voyageur infatigable, diffusant articles et ouvrages, lisant, commentant, discutant ses collègues, planifiant conférences et colloques, animant séminaires et débats. Sa participation à la vie intellectuelle du second vingtième siècle (en Belgique comme à l’étranger), son rayonnement international apparaissent ici dans toute leur ampleur. Le nombre et la variété de ses correspondants ne cessent par ailleurs d’étonner : philosophes, historiens, sociologues, juristes, mais aussi prélats catholiques, psychologues ou psychiatre, etc. En attestent, sur ce dernier point, l’intéressante correspondance avec le médecin français Henri Baruk, ou, dans le domaine du droit, les échanges nourris avec Hans Kelsen qui s’inscrivent dans le débat entre jusnaturalisme et théories du droit positif.

Outre l’héritage de ses maîtres bruxellois, bien des lettres mettent en lumière les thèses ou les concepts qui, à un moment ou à un autre, ont pu influencer (en plein ou en creux) la démarche de Perelman. Des filiations intellectuelles, discrètes mais non moins cruciales, se font jour, par exemple avec le philosophe et professeur de rhétorique italien Giambattista Vico – un adversaire acharné de Descartes dont Perelman reprendra certains arguments. Plus encore, on signalera combien les archives de l’ULB invitent à relire les travaux de figures importantes voire majeures de la pensée des soixante dernières années, ceux de Jean Piaget, Paul Ricœur, Vladimir Jankélévitch, Éric Weil, Norberto Bobbio, Leo Apostel, Henry Johnstone Jr., Georg H. von Wright, ou encore Michel Villey.

Dès lors, le contenu du fonds permet d’éclairer, par-delà la figure même de l’auteur du Traité (ses idées, ses écrits, ses valeurs, son réseau social), des aspects aussi divers que l’histoire de l’Université Libre de Bruxelles (son fonctionnement, ses principes fondateurs, le « libre examen » par exemple), certains évènements de la vie politique belge (la décolonisation du Congo) et internationale (Mai 68). Pour anecdotiques qu’ils soient, les documents ayant trait à ces sujets-là n’en constituent pas moins une mine d’informations historiquement cruciale, une véritable coupe synchronique des préoccupations scientifiques et/ou sociales du temps. Qu’on pense également aux documents attestant l’intérêt bien réel de Perelman pour des questions (encore très actuelles) comme l’euthanasie ou la défense de la liberté d’expression et de recherche.

 

4.    Une approche indiciaire de la matière archivistique

Plus concrètement, le fonds Perelman résulte de différentes strates ou logiques de classement, que celui-ci ait été effectué par Perelman lui-même, ses secrétaires successives, ou par des personnes ayant pré-traité le fonds depuis son versement aux Archives de l’ULB. En outre, la correspondance perelmanienne rassemblée à Bruxelles ne présente pas un caractère exhaustif : les échanges sont souvent fragmentaires, et des lacunes (parfois) importantes peuvent être identifiées, essentiellement avant 1962. Notre travail se voit par ailleurs tout à la fois enrichi et compliqué du fait qu’il existe, de par le monde, plusieurs fonds associés au nôtre, à Washington par exemple, où l’USHMM (United States Holocaust Memorial Museum) dispose d’une grande partie des archives privées de Fela (surtout) et Chaïm Perelman.

Il n’en reste pas moins que derrière cette apparente hétérogénéité, une indéniable cohérence se fait jour. Le fonds bruxellois constitue, dans le temps long, un témoignage des évolutions de la pensée de Perelman. Il porte les traces des hésitations, des heurts, des doutes, mais aussi des rencontres fortes et des intuitions de ce dernier. Il fournit des éléments précieux pour écrire la généalogie d’une œuvre, appréhender son influence à l’époque (mais aussi son peu d’influence aujourd’hui), et, en fin de compte, remonter le fil de sa diffusion en Europe comme aux États-Unis. Les documents disponibles sont autant d’indices pour le chercheur ; ils signalent, çà et là, centres d’intérêts, thématiques étudiées, références d’articles ou d’ouvrages consultés, réaction à des sujets d’actualité – la guerre du Vietnam par exemple. C’est pourquoi il nous faut d’abord concevoir les Archives Perelman comme un support, un levier pour redécouvrir les idées, les concepts-clés, mais aussi le parcours, le cheminement intellectuel, les détours de l’auteur. Ce travail constitue, selon nous, une occasion unique pour redonner du sens (un peu sur le modèle des séminaires du Centre National de Recherches de Logique, CNRL, co-fondé par Perelman) à l’articulation entre les disciplines, entre sciences de l’homme et sciences de la nature, entre théorie et pratique.

Comprenons bien, l’objectif premier du projet décrit ici est de restituer sa cohérence à cet ensemble documentaire ; de le rendre accessible aux chercheurs et aisément exploitable grâce à la mise en ligne d’une banque de données permettant – sur la base d’une large et précise description du fonds – des recherches par mots-clés (thèmes abordés, dates, noms de personnes, etc.) et la consultation de très nombreuses pièces numérisées.

 

5.    Tisser des liens entre l’Université et la société

Les résultats attendus sont de natures diverses, il s’agit avant tout : (1) d’aider à repenser la chronologie de l’œuvre perelmanienne en l’insérant dans un contexte intellectuel, politique et social trop souvent ignoré des chercheurs ; (2) d’aider à restaurer la cohérence interne de la pensée de l’auteur en dénonçant un éclatement disciplinaire (entre philosophie, rhétorique et droit) qui a fini par mettre en péril la compréhension même de sa démarche humaniste ; (3) de prendre appui (et même exemple) sur le fonds documentaire bruxellois, en tant que témoignage d’un monde scientifique ouvert, pour tisser des liens, inventer des ponts entre l’Université et la société ; (4) et, enfin, de redonner à la rhétorique (celle que Perelman a redécouverte) un statut valorisé, d’en faire un lieu de passage et de dialogue en remettant la pratique de la parole argumentée au centre de notre existence sociale.

Partant, notre travail sur les Archives Chaïm Perelman se donne pour objet, d’une part, de stimuler la recherche en rhétorique et en argumentation, dans un cadre épistémologique renouvelé, d’autre part, d’enrichir le dialogue entre disciplines et entre traditions intellectuelles au niveau international. Le chantier ouvert par l’équipe du GRAL (Groupe de recherche en Rhétorique et en Argumentation Linguistique,  http://gral.ulb.ac.be) de l’ULB est aussi vaste que les perspectives et les espoirs de construire un monde (universitaire) plus humain sont grands.

 

Le Catalogue des Archives

  • Accès direct à PALLAS
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    Dernière mise à jour : 19 mars 2014